28. sept., 2017

LES QUATRE SAISONS

Elle porte un long
Manteau de givre.

Un crâne tournoie
Au bout de son doigt.

D’un fourreau d’escarboucle,
Elle a sorti le glaive.

Voici l’hiver!

Elle est la vouivre que le rat
À six queues suit,
Mais n’ayez crainte!

À minuit, la belle gorgone
Coiffée de coquillages
Et de coraux céruléens
S’endormira dans ce nymphée
Que le lierre enguirlande
Et aucun bruit ne la réveillera,
Pas même un vol de corbeaux!

Voici le printemps!

Déjà, je vois son corps
Se mouvoir parmi les campanules
Et les lys sauvages.

Elle est la tragique Sappho,
La dame des sept collines,
La savante sibylle.

À l’entrée de l’antre
Où sont cachés tous les joyaux
D’Orient, un dragon
Avale l’astre de feu,
Puis le recrache dans le firmament.
C’est alors que drapée de satin
Rouge, elle m’apparaît!

Voilà l’été!

En marchant vers le temple,
Elle murmure des prières.

Les perles d’obsidiane
Autour de son front et de son cou
Ont le scintillement des nébuleuses.

Elle est l’almée, le jour!
L’apsara, la nuit venue!

Les chants des chasseresses se mêlent
Aux chuchotements de la rivière.
Le ciel flamboie.

Sur son écorce, se promène
La langue de l’aspic.
Elle est l’héliade
Changée en peuplier!

Voilà l’automne!

Sur l’absinthe, lentement,
Se meurt l’oiseleuse
Au casque de colchiques.

Les nuages tirent
Leur révérence avant l’envolée
De la treizième fée.

Les plumes safran
Qu’elle avait emprunté
A l’oiseau-tonnerre
Dansent à présent
Dans l’air rose
Du crépuscule avec mille
Feuilles mortes.

Poème © Sélène Wolfgang

Extrait de "Ballades d'une nuit musicienne"