30. déc., 2020

Mavka

Par la fenêtre de sa chambre, elle regarde les passants. Elle ne reverra plus son père ni sa mère. Mavka est orpheline à présent. Elle repense à ce malheureux printemps. Elle revoit les champs de tournesols, la maisonnée en flammes. Elle se souvient de ce chant au milieu du chaos. Était-ce celui du vent ou de la rivière ?
Reverra-t-elle, un jour, ce pays où elle a grandi ? Ces primevères qu’elle aimait cueillir refleuriront-elles au milieu du néant ? Les oiseaux ne chantent plus, depuis des mois, là-bas. Éternelle est la nuit. La Grande Faucheuse a dévoré les astres. Elle a aspiré toute la lumière qui manquait à son cœur !

Par la fenêtre de sa chambre, elle regarde les passants. Le vent passe ses doigts dans la longue chevelure du soir qui cache la lune. Mavka tremble, puis tombe comme une fleur. Est-ce pour un court ou long sommeil ?

Le grisant espoir reviendra-t-il rosir ses joues ? Le ciel retrouvera-t-il ses astres ? Les primevères refleuriront-elles et les oiseaux chanteront-ils à nouveau là-bas ?

Soudain, Mavka s’éveille. Son tendre murmure s’élève, vole et berce le monde.

Texte © Sélène Wolfgang

Extrait de "Les sœurs d'Ys"