Poèmes

20. sept., 2017

C’est après m’être recueillie sur cette tombe dont un confrère avait fait l’éloge dans une de ses épîtres que je décidai de rentrer chez moi. Le soir descendait.
Il faisait un peu froid en cette demeure où personne ne m’attendait. J’allumai quelques bougies. Ensuite, je m’assis dans ma chaise berçante et rêvassai en contemplant l’horizon. Alors que je commençais à m’assoupir, je sentis un léger souffle sur ma joue. Quand j’ouvris grand les yeux, je vis un kobold rouge assis sur mon épaule. Je n’avais pas peur de cet esprit familier que ma longue robe avait sans doute entraîné dans ses plis lorsque je m’étais promenée dans le cimetière. Cette mystérieuse créature se mit à me susurrer toutes sortes de vers et à me conter la légende des amants qui reposaient dans la tombe que j’avais découverte quelques heures auparavant. Puis, curieusement, le génie disparut. En ouvrant ce livre dont je n’avais pas encore terminé la lecture, les fragments d’un journal tombèrent sur le plancher ainsi que l’un des arcanes d’un tarot ancien.

Texte © Sélène Wolfgang

Extrait de "L'allumeuse de réverbères"
19. sept., 2017

Le papier a des yeux,
De grands yeux
Pour voir que les pendules nimbées
De fleurs fantomatiques ont des visages.

Le papier a des mains,
De grandes mains
Qui à elles deux forment un écrin
Où sont enfermées toutes mes larmes.

Le papier a des jambes
De longues jambes
Pour chevaucher l’oblique de l’existence
Et traverser les ruelles en feu
Où dansent les maudits.

Le papier a des dents,
De longues dents,
Les ailes d’un ange pendillent
Aux lèvres de ce voleur de reflet
Et les pendules qui ont des visages,
Les fleurs fantomatiques
T’observent en salivant,
Le papier a des dents,
De longues dents
Pour te dévorer, Ennui!

Poème © Sélène Wolfgang

Extrait de "L'allumeuse de réverbères"
18. sept., 2017

Illustration © Sandra Aitmehdi

17. sept., 2017

La Princesse des Succubes dort dans la chambre d’un palais fait des brumes de l’hiver. Elle porte sur sa tête la carcasse d’une corneille. Des osselets sertis de rouges pierreries incendient ses poignets. Il est minuit. Le vent bourdonne de plus en plus fort et entraîne avec lui celle en qui j’ai cherché les trésors de Sodome et de Gomorrhe.

Texte © Sélène Wolfgang

Extrait de "Cendres et porcelaine"
16. sept., 2017

Je me réveillerai à l’aube de ton corps pour prendre ton cœur, puis descendrai comme un deuil sous la houle de tes draps. Dans le vieil alambic, bout l’amour, celui-là qui endort les maux ! Je veux ton sang pour élixir, mourir sous l’alchimiste caresse, sentir une dernière fois la fièvre de tes baisers et l’odyssée tiède entre tes bras.

Texte © Sélène Wolfgang

Extrait de "Cendres et porcelaine"