Poèmes

24. oct., 2017

Le papier a des yeux,
De grands yeux
Pour voir que les pendules nimbées
De fleurs fantomatiques ont des visages.

Le papier a des mains,
De grandes mains
Qui à elles deux forment un écrin
Où sont enfermées toutes mes larmes.

Le papier a des jambes
De longues jambes
Pour chevaucher l’oblique de l’existence
Et traverser les ruelles en feu
Où dansent les maudits.

Le papier a des dents,
De longues dents,
Les ailes d’un ange pendillent
Aux lèvres de ce voleur de reflet
Et les pendules qui ont des visages,
Les fleurs fantomatiques
T’observent en salivant,
Le papier a des dents,
De longues dents
Pour te dévorer, Ennui!

Poème © Sélène Wolfgang

23. oct., 2017

Ils cachent leur hideur
Sous des déguisements grotesques,
Par leur verve bouffonne,
Ils cueillent leur proie.

Ils ont le geste noble,
Mais méfiez-vous!
Toujours bigle la loyauté
Dans les parures de la piteuse
Engeance des fourbes!

Regardez comme ils pavoisent
Face à l’ingénue désarmée
Qui tente de renverser
Comme un château de cartes
Leur lugubre empire!

Ils cachent leur hideur
Sous des déguisements grotesques,
Par leur verve bouffonne,
Ils cueillent leur proie.

Poème © Sélène Wolfgang

22. oct., 2017

C’est après m’être recueillie sur cette tombe dont un confrère avait fait l’éloge dans une de ses épîtres que je décidai de rentrer chez moi. Le soir descendait.

Il faisait un peu froid en cette demeure où personne ne m’attendait. J’allumai quelques bougies. Ensuite, je m’assis dans ma chaise berçante et rêvassai en contemplant l’horizon. Alors que je commençais à m’assoupir, je sentis un léger souffle sur ma joue. Quand j’ouvris grand les yeux, je vis un kobold rouge assis sur mon épaule. Je n’avais pas peur de cet esprit familier que ma longue robe avait sans doute entraîné dans ses plis lorsque je m’étais promenée dans le cimetière. Cette mystérieuse créature se mit à me susurrer toutes sortes de vers et à me conter la légende des amants qui reposaient dans la tombe que j’avais découverte quelques heures auparavant. Puis, curieusement, le génie disparut. En ouvrant ce livre dont je n’avais pas encore terminé la lecture, les fragments d’un journal tombèrent sur le plancher ainsi que l’une des arcanes d’un tarot ancien.

Texte © Sélène Wolfgang

21. oct., 2017

Rien,
Il n’existe rien d’autre
Hormis ces arbres morts
Et ces marécages
Qu’une gardienne d’airain.
J’ôte la croix plantée
Comme un glaive
En son tronc tendu
Vers le dôme du ciel.
Mais rien,
Il n’existe rien d’autre
Que trépassés et funestes miracles!

Poème © Sélène Wolfgang