23. sept., 2017

LA VESTALE ET LE SPHINX

La vestale poussait la grille du cimetière
Quand des chats feulèrent près du mausolée.

Doucement, la dame s’approchait du sphinx
Dont les griffes agrippèrent le pan de sa redingote.
Sa tête se pencha alors vers le bel extasié
Qui aussitôt déclama en songeant à l’amer délice :
« Je sais que du nectar et des graines de l’ancolie
Les somnambules parfument leurs baisers.
Ô ne prononcez ici un seul De profundis !
Laissez-moi, à vos lèvres de sainte,
Embrasser l’éternité et sentir sur mon torse
Le mouvoir aphrodisiaque de vos mains ! »

La vestale fixa les serres d’une gitane des nuées
Qui semblaient attraper les étoiles naissantes
Puis, répliqua d’une voix fluette :
« Cessez de suite vos dithyrambes !
À présent, mes beautés sont les captives
De vos bras aussi froids que des tombes !
Je sais que lorsque mes baisers
Vous engendreront, vos griffes me tueront !
Mais me voilà esclave de l’heur que vous prêchez
Et déjà se vide de son sang mon cœur qui se rend ! »

Poème © Sélène Wolfgang

Extrait de "Séraphine"